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Laurent Dandres, Référent technique national matériaux biosourcés

Quelles sont les principales évolutions à venir dans votre secteur d’activité/marché ?

Depuis 2002, je suis Contrôleur technique construction chez Apave et référent technique national matériaux biosourcés. On utilise le terme générique « biosourcé » dans le langage courant pour évoquer 2 types de matériaux, les biosourcés donc qui sont les matériaux partiellement ou totalement issus de la biomasse (bois, chanvre, balle de riz, paille, lin, etc.) et les matériaux géosourcés qui sont d’origines minérales (terre crue ou pierre sèche). Au fond, nous redécouvrons et perfectionnons des techniques ancestrales pour ne pas dire préhistoriques… Pour revenir à votre question, j’ai vu le marché naître il y a une quinzaine d’années, à l’époque nous avions un projet de temps en temps, de façon sporadique. Depuis 3 ou 4 ans il y a une accélération franche avec désormais des sollicitations toutes les semaines. D’une façon générale, nous voyons les différentes filières (chanvre, paille, terre crue…) s’organiser et travailler sur de nouvelles techniques de construction. La connaissance de ces techniques se démocratise, c’est un moment intéressant pour un marché qui se professionnalise. Au niveau européen, des pays comme l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse sont assez en avance, avec des filières fortes et leurs propres techniques qui correspondent à des matériaux locaux. C’est un point important dans la logique presque philosophique du biosourcé : généralement on privilégie des matériaux que l’on peut trouver à proximité, ce qui évite un transport coûteux sur le plan financier et environnemental.  Le corollaire, c’est que les techniques de construction valables en Autriche ne le sont pas forcément en France et vice versa, de fait il n’y a pas de référentiel européen aujourd’hui.

Quelle est votre vision à long terme du Bas-Carbone dans votre activité ?

Je pense que le marché va poursuivre son développement, non seulement il correspond à une aspiration forte des citoyens – que l’on retrouve dans des appels d’offres publics comme privés – mais les caractéristiques et performances de ces matériaux sont excellentes. Ils sont généralement produits localement, peu transformés, et présentent une faible empreinte environnementale. Les applications pour la construction neuve et la rénovation sont nombreuses : structure, isolation, enduit, toiture, parement, etc. La paille par exemple a l’avantage d’être l’un des matériaux les plus perspirants : concrètement, il absorbe et évacue l’humidité, offrant ainsi une très bonne qualité de l’air, on parle d’hygroscopie. Notons enfin que les ressources sont importantes. Pour exemple, 10% de la paille de blé produite annuellement suffirait pour isoler tous les nouveaux logements construits chaque année en France selon l’association Collect’IF Paille.

Comment la dimension Bas-Carbone transforme le fonctionnement de votre entreprise ? 

En tant que contrôleur technique, j’interviens avec mes collègues dans la prévention des aléas techniques. Nous sommes présents dès la genèse du projet, nous apportons une expertise et analysons les risques en sécurité incendie et en solidité et nous nous prononçons sur les meilleures solutions en termes de durabilité et de sécurité. Sur les projets particulièrement innovants, les retours d’expériences nourrissent la réflexion, nous avançons pas à pas, nous encourageons également la réalisation d’essais pour trouver la bonne solution. Nous pouvons également soutenir le projet auprès des assurances et avons en ce sens un rôle de facilitateur du changement. Globalement, si le donneur d’ordre s’entoure dès le début avec de bons professionnels, et c’est le plus souvent le cas, une construction intégrant des matériaux biosourcés est bien souvent   très respectueuse de l’environnement et vertueuse sur le plan de la consommation d’énergie par exemple